Lettre ouverte

Lettre ouverte de monsieur le maire de Billy-Montigny, Bruno Troni, à l’attention de d’Emmanuel Macron, président de la République.

Monsieur le Président de la République,

Une fois encore, l’incohérence triomphe !

Alors que plus d’une vingtaine de départements ont été placés sous surveillance renforcée au vu d’une circulation du virus qui s’est accélérée, seul le département du Pas-de-Calais sera soumis au confinement durant les quatre prochains week-ends.

La naïveté aurait sans doute pu me conduire à penser que le gouvernement, en adoptant cette décision, prend davantage à cœur la santé des habitants de notre territoire que celle des autres. Les constats récurrents quant à l’inertie de l’Etat devant la situation sanitaire qui se dégrade depuis plusieurs années, notamment dans l’agglomération Lens Liévin, me poussent pourtant à penser qu’une fois de plus notre département est méprisé. En effet, mortalité infantile, surmortalité, mortalité précoce… les chiffres attestent, en effet, d’une situation qui, bien avant l’apparition de la covid, était qualifiée de préoccupante. Et dire que malgré cela, votre gouvernement a poursuivi les fermetures de lits et de services, et qu’il a tergiversé durant plusieurs années concernant le financement du nouvel hôpital de Lens à la hauteur des enjeux de notre territoire… Et, comme si notre sentiment d’abandon, d’injustice, n’était pas encore suffisant, l’ARS a reconnu, fin février dernier, un retard dans la mise en place de la campagne vaccinale dans le Pas-de-Calais alors que vous considérez que cette protection est seule à même de nous sortir de l’ornière.

Le mépris affiché à l’égard de la population se double, par ailleurs, d’un mépris évident à l’égard des élus locaux. En effet, depuis le début de la crise sanitaire, nous avons dû nous accommoder de réglementations parfois difficilement compréhensibles, voire contradictoires. Depuis des mois, alors que vous-même et vos ministres brandissez l’étendard de la concertation, nous sommes tenus à l’écart des discussions qui conduisent pourtant à des mesures restrictives de liberté pour notre population. En effet, il semble que la réunion du mardi 3 mars avec le préfet du Pas-de-Calais ne se soit tenue qu’en présence de quelques élus locaux, choisis à partir de critères qui nous sont inconnus.

Nous avons bien sûr écouté avec une grande attention les propos du Premier ministre lors de sa conférence de presse hebdomadaire, égrenant les raisons « objectives » ayant poussé à arbitrer en faveur d’un confinement le week-end. Ne vous méprenez pas, nous ne sous-estimons nullement la gravité de la situation. Nous vous rappelons d’ailleurs que les élus locaux ont été en première ligne pour soulager au mieux notre population en souffrance, distribuant des masques, assurant une solidarité sans faille à l’égard des publics les plus fragiles, faisant office de relais en matière de communication sur les gestes barrières, organisant des tests… Nous ne souhaitons pas davantage céder à des polémiques politiciennes stériles alors que tant de besoins et d’incompréhensions s’expriment au sein de nos administrés.

La population de notre département, et notamment de notre bassin minier, a été maintes fois éprouvée. La cessation de l’exploitation houillère, le déclin de l’activité industrielle, nous ont laissés aux prises avec des reconversions difficiles pour lesquelles d’énormes efforts ont été consentis et lors desquelles l’Etat n’a pas souvent été au rendez-vous. Cette population, connue tout autant pour son courage que pour son grand cœur, a bien souvent dû relever la tête alors même que l’image du territoire où elle vit souffrait d’un déficit évident de reconnaissance, pour ne pas dire plus, et que les difficultés économiques et sociales s’accumulaient. Mais ces hommes et ces femmes, au service desquels nous avons décidé de nous mettre en étant élus, sont aujourd’hui fatigués, épuisés mais aussi en colère.

Comment leur expliquer, en effet, qu’il est normal de s’entasser chaque jour dans les transports en commun pour aller travailler, qu’il est logique de laisser les écoles ouvertes, que, des mois durant, les hypermarchés ont pu voir s’agglutiner des clients mais qu’il est désormais obligatoire, dès le travail terminé, de se cloîtrer chez soi en évitant toute vie sociale comme s’ils étaient simplement des bêtes de somme dont l’unique raison d’être serait de permettre la poursuite de l’activité économique. Car avec un confinement le week-end, doublé d’un couvre-feu à 18h, l’expression « Métro-boulot-dodo » prend ici tout son sens.

Votre décision est d’autant plus incompréhensible que, malgré des chiffres tout aussi alarmants en PACA, en Seine-Saint-Denis ou encore dans le Nord, le Pas-de-Calais est le seul à subir cela. Si Madame la maire de Paris considère qu’un durcissement du confinement aurait été « dur », voire « inhumain » pour l’Ile-de-France, sachez, Monsieur le Président, qu’il l’est tout autant ici. Les conséquences psychologiques et économiques ne sont pas moindres qu’ailleurs. Le Pas-de-Calais serait-il considéré comme une terre d’expérimentation et ses habitants des cobayes que l’on scrutera attentivement pour examiner le degré d’efficacité de ce nouveau type de confinement ?

Vous le comprendrez, ou pas, mais nous sommes exaspérés par votre politique qui, au nom d’une différenciation des territoires qui semble être devenue votre marotte, conduit à des décisions du « deux poids, deux mesures » tout simplement intolérables.

Les habitants du Pas-de-Calais méritent le respect au même titre que ceux des autres départements.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération mais aussi d’une certaine rancœur.

Le Maire

Bruno TRONI

Et son Conseil municipal

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